Par JUDITH PLOTKIN et STEPHEN KENNEDY
Des incidents traumatiques survenant en milieu de travail de façon inattendue peuvent survenir n'importe où, n'importe quand. Bien qu'elle ne soit généralement pas aussi facile à détecter qu'une blessure corporelle, la détresse émotionnelles qui en résulte peut s'avérer aussi douloureuse et incapacitante.
Bien qu'à peu près tout le monde puisse être affecté par une exposition à un traumatisme, les premiers répondants tels que policiers, pompiers et ambulanciers, qui sont souvent exposés à de tels événements dans leur expériences de travail quotidiennes, semblent plus particulièrement vulnérables au développement de réactions de stress. Ces réactions incluent la fatigue de compassion, des réactions de stress aigües, voire même un désordre de stress posttraumatique (DSPT).
Quoique l'entraînement, les habiletés et la résilience naturelle peuvent immuniser le premier répondant des conséquences d'une exposition fréquente à des événements traumatiques, il est clair que la disponibilité de soutien fournis par une combinaison de spécialistes en santé mentale qui comprennet la culture des premiers répondants et de collègues entraidants spécialement entraînés peut s'avérer avantageux en aidant les premiers répondants à demeurer en santé et au travail.
Lorsqu'exposées à un traumatisme, plusieurs personnes se rétabliront grâce à un soutien minimal. Toutefois, il est important de rendre disponible une panoplie de services à toute personne affectée afin de s'assurer que ceux qui pourraient faire l'expérience de réactions adverses immédiatement après l'incident (réactions de stress aigües) ou de développer des réactions qui perdureraient pendant plus de 30 jours (DSPT) puissent recevoir l'aide et le soutien dont ils ont besoin afin de se rétablir.
Tant les premiers répondants que les autres employés qui ont été exposés à un événement traumatique font état de réactions telles que:
- problèmes de santé physique
- des comportements compulsifs d'évitement de tout ce qui peut avoir à faire avec les circonstances de l'incident
- des cauchemars relatifs au traumatisme
- des pensées intrusives qui leur font croire que l'événement traumatique se produit à nouveau
- de l'anxiété et de la détresse lorsqu'on leur rappelle le traumatisme.
Pour ceux qui pourraient être aux prises avec des réactions continues, la bonne nouvelle c'est que tant le counselling que la médication (dans certains cas) peuvent les aider à composer avec la situation et à apprendre les habiletés requises à la gestion de leurs réactions.
Debrieffing détaillé : pas la meilleure option
La science du traitement des réactions psychologiques à l'expostion au traumatisme continue à progresser. Des études à propos des retombées de l'exposition à un désastre, de même que des études comparatives ont montré que les approches largement pratiquées et promues ne sont pas toutes efficaces à prévenir la détérioration psychologique à long terme.
En particulier, la pratique consistant à faire verbaliser par les employés traumatisés les détails de l'événement traumatique pourrait même affecter leur réhabilitation en augmentant leur anxiété et en mettant l'accent sur les souvenirs que l'employé conserve de l'événement.
Une approche plus efficace consiste les inciter à parler des conséquences que l'événement a eu sur eux et des façons de composer avec leurs émotions et leurs réactions. Cette approche, connue sous le nom de "premiers soins psychologiques", est de plus en plus largement utilisée afin de permettre aux employés d'enclencher les mécanismes naturels de protection et de résilience.
PAE et premiers répondants
Un Programme d'Aide aux Employés (PAE) efficace incorporera une gamme variée de services destinées à venir en aide aux organisations qui souhaitent se préparer à et à réagir à un événement traumatique. Ces services de gestion de crise peuvent inclure une révision de la politique de gestion d'un désastre et des protocoles qui y sont associés, à la planification relative à une pandémie, à la préparation aux mesures d'urgence, de même que de la formation destinée à améliorer la capacité des personnes et des organisations à mieux faire face à de tels incidents.
Cette approche inclut des activités d'évaluation des risques, de formation des personnes-clés et de planification des interventions à faire en fonction de la culture organisationnelle et des caractéristiques des événements et des suivis consécutifs.
Collègues entraidants
Les organisations qui doivent agir comme premiers répondants devraient aussi développer et maintenir un réseau de collègues entraidants spécialement entraînés. Ces collègues entraidants peuvent généralement offrir de l'aide aux employés affectés dans les minutes suivant leur exposition à un événement traumatique et travailler en collaboration avec les professionnels de la santé mentale en fournissant soutien et suivi continu.
Un collègue entraidant devrait être de la même profession que le groupe de personnes qui ont été entraînés aux premiers soins psychologiques et à la gestion de crise. Les entraidants sont des écoutants qui ont développé connaissances et habiletés à soutenir ceux qui ont été exposés à un événement traumatique.
Ils fournissent soutien individuel et en groupe à leurs collègues et travaillent tant indépendament qu'en collaboration avec les professionnels de la santé mentale du PAE consécutivement à un événement traumatique.
En plus de leur formation de base en gestion de crise et de la formation continue à laquelle ils devraient être soumis, ces entraidants reçoivent de la supervision et du soutien de professionnels de la santé mentale.
Pour que cette approche soit réussie, le fournisseur des services du PAE doit travailler avec l'organisation en l'aidant à développer son réseau de collègues entraidants et s'assurer que ses propres professionnels de la santé mentale qui pourraient avoir à intervenir dans ce milieu de travail en comprennent la culture et puissent travailler en collaboration avec les entraidants.
Impacts émotionnels du traumatisme
Les employés exposés à des événements émotionnellement perturbants en milieu de travail peuvent faire l'expérience de toutes sortes de réactions comme :
- l'engourdissement émotionnel
- l'isolement
- irritabilitéy
- peurs, angoisses incontrôlables
- dépression
- perturbations du sommeil
- complications de problèmes de santé
- Abus de substances
- difficultés conjugales
- changement d'emploi prématuré.
Pour le milieu de travail, cela peut signifier que les employés pourraient s'absenter du travail ou faire preuve de présentéisme (être au travail sans toutefois être en mesure de s'acquitter de leurs fonctions), ce qui pourrait augmenter les risques d'accidents et réduire la productivité.
Judith Plotkin est vice-présidente du développement des affaires de Solutions Humaines, une firme oeuvrant dans le domaine des programmes d'aide, de l'invalidité et de la gestion de la santé. Basée à Toronto, elle peut être jointe au 1-866-850-5824 ou à jplotkin@solutionshumaines.ca. Stephen Kennedy est directeur, région de la capitale nationale de Solutions Humaines à Ottawa. Pour davantage d'information, veuillez consulter www.solutionshumaines.ca.
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